Prix FETKANN ! DE LA MÉMOIRE

Yanick LAHENS, Passagères de nuit

Sabine Wespieser 2025 (Paris)

Toujours avancer sans se retourner, c’est ce que murmurent à Yanick Lahens les femmes de sa propre lignée dans ce puissant roman des origines, comme arraché à son quotidien à Port-au-Prince.

Née en 1818 à La Nouvelle-Orléans, Élizabeth n’a pas reculé quand, victime de deux tentatives de viol, elle a freiné les élans prédateurs d’un ami de son père. Sa grand-mère, ancienne esclave arrivée d’Haiti au début du siècle dans le sillage du maître qui l’avait affranchie, lui a donné un exemple de résistance silencieuse : devenue une commerçante prospère, elle n’a plus jamais accepté de se soumettre au désir d’un homme. Confiante dans la force qu’elle a tôt transmise à sa petite-fille en l’invitant dans la ronde mystérieuse des divinités vaudou, elle n’hésite pas à couvrir sa fuite : Elizabeth embarque pour Port-au-Prince, où nous la retrouverons bien des années plus tard, aux commandes de sa vie, mère d’un homme qui traverse la ville en libérateur.

En cette année 1867, rien ne destinait Régina, née pauvre parmi les pauvres, à rencontrer le général Léonard Corvaseau. C’est pourtant à son côté que va se poursuivre sa trajectoire d’émancipation.
Avec ce portrait en miroir de deux femmes, ses lointaines grands-mères, qui reconnaissent chacune en l’autre « une semblable, une sœur échappée à la rudesse des conventions », la grande romancière haïtienne nous offre un magnifique hommage à toutes les Passagères de nuit (à commencer par celles des bateaux négriers), ces vaincues de l’histoire dont la ténacité et la connivence secrète opposent à la violence du monde une lumineuse vaillance. (Note de l’éditeur et photo Yanick Lahens © Philippe Matsas)

Yanick LAHENS, est née en 1953 en Haiti. Elle part en France pour ses études universitaires en Lettres Modernes. Elle retourne en Haiti en 1977 où elle enseigne la littérature à l’université d’Etat d’Haiti.
Elle quitte l’enseignement universitaire en 1995, participe à plusieurs projets et devient membre du comité de rédaction de la revue haitiano-caribéenne Chemins Critiques, qui a représenté un moment important de la réflexion en Haiti et dans la Caraïbe. Elle est membre du comité de rédaction de la revue franco-haitienne Conjonction, et publie dans des revues haitiennes et étrangères.

 

Elle a récemment intégré le conseil d’administration de l’université Quisqueya (Port-au-Prince). En 1998, elle fonde, avec d’autres écrivains, l’Association des écrivains haitiens, et continue d’animer des séminaires sur la littérature.

En 2008, elle met sur pied une fondation qui encadre ses jeunes dans des activités de sensibilisation aux questions sociales. Elle apporte un appui à des associations qui travaillent à la promotion de la lecture, à l’implantation de bibliothèques et à l’organisation d’événements culturels.

Auteure d’essais, de nouvelles et de romans, Yanick Lahens s’est vue décernée plusieurs prix dont le prix Femine sur Bain de lune en 2014 et le Grand Prix du roman de l’Académie Française cette année pour Passagères de nuit.